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Reserve naturelle de Lilleau des Niges : la trentaine heureuse

Association centenaire en 2012, la Ligue pour la protection des oiseaux est présente depuis le 31 janvier 1980 sur le territoire rétais. Trente années de sensibilisation, de protection et parfois de conflit, qui ont fait de la réserve naturelle de Lilleau des Niges aux Portes-en-Ré un paradis pour le peuple ailé, mais aussi pour les âmes respectueuses de la nature.

Penser globalement et agir localement. La philosophie de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), prônée depuis bientôt 100 ans, n’a pas pris une ride. « Contrairement à d’autres organismes environnementaux tels Greenpeace ou la Fondation Nicolas Hulot, plus dans le concept et la sensibilisation, la LPO est ancrée dans le local. Rien que pour la ­Charente-Maritime, je pourrais vous citer des dizaines et des dizaines d’actions concrètes réalisées par notre association« , indique Michel Métais, directeur général de la LPO, association nationale dont le siège a pignon sur rue en province, dans les anciennes Fonderies Royales à Rochefort.

Développement doit rimer avec environnement

Pour assurer sa mission de protection des oiseaux et des écosystèmes dont ils dépendent, la LPO dispose d’un vaste réseaux de délégations autonomes constituées en grande partie de bénévoles, mais aussi d’un important vivier d’adhérents : plus de 45 000. La principale de ses missions, qui à elle seule monopolise la moitié d’un budget de 10 millions d’euros, est d’ordre scientifique : conservation, action des naturalistes, réserves naturelles, observations et enquêtes sur les espèces et leurs habitats, etc. L’animation et la sensibilisation auprès du public constituent les autres actions permanentes de la LPO.

Membre du Grenelle de l’environnement et de la mer, représentant officiel de BirdLife International, elle mène « une stratégie de développement durable » chaque jour qui passe, et sa voix peut peser lourd sur les décisions gouvernementales dès lors que la nature entre dans le décor. « Difficile de dissocier environnement et développement« , insiste Michel Métais. La LPO, un lobby environnemental ? « On joue d’influence. C’est certain, reconnaît Michel Métais. Depuis six ans, une personne est chargée pour la LPO, France Nature Environnement et la Fondation Nicolas Hulot, de conseiller et rencontrer les parlementaires nationaux et européens, de faciliter les rendez-vous avec nos experts, etc.

Les particularités rétaises

En 2012, la LPO soufflera ses 100 printemps. Avant de célébrer cet événement au plan national, c’est une fois encore au niveau local que l’association s’apprête à vivre un grand moment. Le 31 janvier, la réserve nationale de Lilleau des Niges, dont elle assure la gestion, fêtera ses 30 ans d’existence à La Maline. « Pour la LPO, ce fut compliqué sur l’île de Ré, se souvient Michel Métais. Il a fallu procéder à un remembrement des parcelles pour regrouper sur une centaine d’hectares les gens favorables à la création de cette réserve. C’était une première ! »

En trente ans, les acteurs de la LPO ont (re)donné toute leur splendeur à ces paysages mêlant marais salants, prés salés et vasières dans le Fier d’Ars, site Ramsar depuis le 2 février 2003. « Hervé Robreau, premier conservateur de la réserve, a beaucoup oeuvré pour réimplanter l’activité salicole. À cette époque, les sauniers n’y croyaient plus et voyaient leur métier perdu« , explique Michel Métais.

La réserve de Lilleau des Niges se situe sur la grande voie atlantique de migration, drainant ainsi des populations importantes d’oiseaux. « En trente ans, nous sommes passés notamment de 100 à 800 avocettes et plus largement de 7 500 à 15 000 limicoles. L’évolution du nombre de canards est également très bonne. » Ces chiffres encourageants s’expliquent par des campagnes de réduction des populations de goélands, toujours en cours. « Ces prédateurs ont proliféré avec la décharge située au centre de l’île et se sont regroupés sur la réserve, endroit de tranquillité« , poursuit le directeur de la LPO.

Aujourd’hui, le respect de la nature occupe une place de choix dans la vie politique rétaise. Pour la plus grande satisfaction du directeur général de la LPO. « Les élus font un gros travail et je pense que la création du pont a été un révélateur de tout cela. » Certes, il y aura toujours des réfractaires. « Tant qu’il y a aura des hommes, il y a aura des conflits« , sourit Michel Métais. Mais avec un président des plus attachés à l’île de Ré, la LPO, les oiseaux et la nature ont encore de beaux jours devant eux

Article rédigé par Emmanuel Legas


Partager la nature sans la ‘mettre sous cloche�

« En ce matin du 6 février 1999, le coeur de la réserve ne lui ressemblait plus. Non pas à cause d’un ciel bas qui, en d’autres circonstances, participe à la singularité du lieu, mais en raison de la cérémonie qui nous réunissait. Hervé Robreau, premier conservateur de Lilleau des Niges, s’était éteint et j’avais la douloureuse charge de répandre ses cendres dans ce sanctuaire qui lui devait tant. À mes larmes se mêlait l’étrange sensation qu’Hervé s’envolait ainsi avec son peuple des airs.

En trente ans de réserve, c’est le souvenir qui me vient spontanément à l’esprit. Pourquoi ? Parce qu’Hervé a incarné la réussite d’un improbable défi. Il faut se souvenir des inquiétudes légitimes de certains Rétais (de souche ou d’adoption) lorsque l’idée d’une réserve naturelle fut lancée. L’avalanche d’interdits potentiels ou de contraintes multiples déferla dans les foyers et il fallut une belle dose de conviction de la part d’hommes comme Michel Brosselin, Édouard Lucas, Michel Métais ou Claude Rabanit pour dédramatiser le projet.

Il convient de préciser qu’à l’époque la « culture » des naturalistes visait davantage à mettre la nature sous cloche (afin de la préserver) qu’à la partager avec le plus grand nombre. Trente ans plus tard, cette conviction s’est radicalement inversée. Nous avons, au contraire, la certitude que l’appropriation des richesses naturelles par les citoyens reste l’un des leviers essentiels de la conservation. Cette nouvelle approche s’est dessinée avec le temps et les rencontres.

L’ASSIP, le Conservatoire du littoral, les élus, les visiteurs, les professionnels et bon nombre de chasseurs ont participé à cette vision. C’est ainsi que la réserve a restructuré le réseau hydraulique, a installé le balisage maritime, a mis en place des pâturages pour les moutons, a aménagé des îlots de nidification, a accueilli les écoles, a initié des sorties nature, a recueilli des oiseaux mazoutés et tant d’autres initiatives encore…

En cette date anniversaire, le bilan fait apparaître le bonheur des oiseaux (le nombre d’espèce et d’individus s’est remarquablement développé au point de faire de la réserve un « hot spot » ornithologique) comme celui des observateurs (la piste cyclable s’est transformée en spectacle à ciel ouvert !).

2010, désignée année mondiale de la biodiversité lors du sommet de Johannesburg, devait stopper le déclin du vivant qui nous entoure. Nous ne serons pas au rendez-vous tant il est vrai que l’arche continue de prendre l’eau alors que nous écopons sans avoir colmaté. Mais l’histoire de Lilleau des Niges participe à l’indispensable espoir. Elle prouve que la cohabitation avec nos voisins de planète, les animaux, peut se concrétiser. Elle démontre que la détermination et le sens du dialogue peuvent surmonter les obstacles. Elle atteste que la conservation peut générer l’économie. Il n’en fallait pas tant pour se réjouir d’une si belle aventure à l’origine improbable. »

Billet rédigé par Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO).

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